Tuesday, October 17, 2006

Le soleil risquerait d'attendre...

... bien trop longtemps, si la lune était kidnappée. Plus de nuits faiblement éclairées, plus de nuits blanches! Du noir, que du noir, à broyer sans cesse? Mon Dieu, non, je préfère reprendre. Pas là où je vous avais laissé. Pas là où je m'étais laissé aller. Mais là où je suis arrivé. Hier soir, sur l'oreiller, j'ai appris par la bouche humide de ma partenaire de sommeil que j'avais changé. Encore?

Me voilà en effet plongé dans un travail hebdomadaire, avec métro fantomatique bondé, 20 minutes lu en une, pain au chocolat identique perdant sa saveur un peu plus chaque matin, déjeuners à la va vite devant un écran d'ordinateur impersonnel, heures supplémentaires, salaire misérable, chantage affectif, harcèlement sexuel, appels téléphoniques professionnels off hours. Heureusement, la chaleur d'une couette pour deux personnes me permet de tenir, quand dans la nuit, mes rêves s'égarent en cauchemars paranoiaques et en images apocalyptiques d'une vie sans fin et sans appétit, et que la sueur de mes angoisses se répand brûlante pour refroidir aussitôt. Alors oui, par pitié, ne me prenez pas la lune!

Hier encore, c'est au moment de la chute du jour que je redécouvrais la lumière et l'espoir. Un mois, deux peut-être que rien ne m'était venu. Et soudain, dans ma sacoche, un début de texte griffonné à la va-vite sur le dos d'une carte postale publicitaire obscène devait se terminer après habillage de quelques mélodies pianistiques. Il est parfois si long de digérer que la douleur semble inextinguible. "Je sais bien qu'il serait beau-/-coup plus facile pour toi / de me dire la vérité / toute la vérité, mais crois-moi / je savoure tes mensonges / leur beauté m'est innocente / et si la mémoire te hante / garde-la pour toi / moi je n'en veux pas". L'euphorie fut telle que les crispations zygomatiques atteinrent de réels sommets. Mais quelle félicité! Et je me pris à rêver d'orchestres symphoniques, de Carnegies Hall, de pianos droits miteux en des caves enfumées (donc en 2006...), de salles Pleyel, de boîtes de nuit louches au formes féminines putassières, et ce refrain, gentiment cruel, le refrain de la jalousie comme facteur de préservation du couple.

Ne me prenez pas la lune! Et encore moins les étoiles qui brillent dans les yeux du public! Ni le soleil qui sèche mes larmes! Ne me prenez pas le ciel, en lequel je veux m'arquer! Ne me prenez rien qui soit au-dessus de moi, car c'est toujours là, tout là-haut, que je veux aller.