Tuesday, July 11, 2006

La perte du temps

Trois jours dans le Sud à oublier qu'il existe un monde qui vit, avec ses appartements étouffants, ses mayonnaises qui tournent, ses fanatiques ruissellants, ses deadlines, ses retards, ses avances, ses plannings, ses chicanes, ses femmes aux sourires lustrés au rouge à lèvres vulgaire, ses guitares désaccordées, ses cigarettes écrasées dans des cendriers qui n'ont pas été vidés depuis des mois, ses hypocrisies mondaines, ses jambes de putains qui donnent à la Terre son déséquilibre, ses alcools de nuit, ses jeûnes de jour, ses vieillesses et ses morts.

Trois jours à se dire que toutes les tensions du monde peuvent disparaître dans la douceur d'un baiser et nourrir l'ivresse d'une étreinte jusqu'au grand frisson, celui qui vainc la chaleur en quelques spasmes.

Trois jours à plonger dans des yeux plutôt que de plonger dans la mer, à marcher sur des lunes pas encore pleines plutôt que de marcher sur le sable, à suer dans des instincts animaux drogués au sentiment humain plutôt que de se laisser dorer par le soleil, à préférer rester nu dans une vie civilisée plutôt que de mourir dans l'habit du moine.

Trois jours à ne presque rien dire tant les mots du silence ont d'épaisseur de sens, tant l'apaisement ne tient qu'à l'écoute de ce qui nous est offert, tant la musique du bonheur n'a besoin que de la mélodie de l'âme, du rythme des corps et de l'harmonie du coeur.

Trois jours, parait-il.