Thursday, February 02, 2006

La concurrence de MySpace a fait du mal mais...

Ce soir, dans une pizzeria plutôt cheap située sous le pont aérien de Motte-Piquet Grenelle, je revoyais un vieil ami que je n'avais pas vu depuis mes années de classe préparatoire. Un temps difficile. Un temps de questions perpétuelles, sans réponses heureusement, ce qui rendait naturellement l'exercice passionnant, mais extrêmement fatiguant. Un temps de masturbation régulière, aussi, intellectuellement intense et physiquement frénétique, faite de sommeils profonds et de réveils chaotiques mais frais. Oui, c'est ça, en ce temps-là, il y avait de la fraîcheur. Un temps où le travail dicté, la servitude volontaire empêchaient de tomber dans la mélancolique déroute de la vie réelle. Et ce sentiment d'appartenir à une communauté d'"élus" n'était pas pour (me) déplaire. Aujourd'hui il faut faire des preuves, être, paraître, montrer, exhiber, nourrir, séduire, plonger, remonter à la surface, se sentir seul et refuser sa neurasthénie auto-générée. Il faut savoir suivre une ligne, ou plutôt en tracer une qui nous appartienne et tenter de s'y tenir. Il n'y a plus cette réelle passion qu'ont les étudiants pour des philosophies anciennes, des écrivains d'antan auxquels on donne son coeur et son âme les yeux fermés. Aujourd'hui, je me dois de garder les yeux ouverts, et la trouver par moi-même, cette ligne, bordel. Arrête de jurer. Finies, les références! Assassinées, les citations! Détruites, les bibliothèques! Oublie, oublie, sois-toi même. Jette ce livre, hein!

Mais ce qui m'a le plus frappé dans ces retrouvailles, c'est que face à l'inconstance de nos êtres, à la différence de nos chemins, s'élevait une essence de la relation tout à fait frappante. Nous avons changé mais nous sommes les mêmes. Qu'est-ce qui change, qu'est-ce qui demeure? Ce ne sont pas que des souvenirs, car nous parlons de nos vies actuelles avec la même aisance et la même passion que jadis. Ce ne sont pas des coincidences, car nous avons peu de liens finalement, même si nous avons tout utilisé de médias pour nous retrouver. Ce ne sont pas des quêtes communes, car il travaille dans un cabinet de conseil, et je me dirige vers un horizon incertain.

Une personne chère me racontait l'autre jour cette histoire d'un amant qu'elle avait retrouvé après de nombreuses années, avec qui jusqu'alors il n'y avait rien eu de physique, - un amour platonique et cosmique. Que des mots. Ils se sont retrouvés, ont fait l'amour (ou ce qu'il en restait) et ce fut atroce. Une forme d'exorcisme, semblait-elle dire. C'est pourquoi je suis un peu embêté, ce que je vous raconte là n'a aucune valeur universelle. Aucune dimension de vérité.

Je voulais juste parler d'amitié.

L'amour, c'est has-been.