Tuesday, February 28, 2006

Il est midi, Paris s'éveille

Quand cette sonnerie de réveil sera-t-elle un jour obsolète? Tous les jours depuis que j'ai un téléphone portable Nokia, c'est-à-dire depuis plus de quatre ans, je sors du sommeil avec ce même phénomène, d'abord une vibration à la surface avec un faible bip qui précède des séries de trois bips très rapprochés qui se bousculent de plus en plus jusqu'à finir dans un long bip permanent.

Je pourrais changer. De sonnerie, oui, ou de réveil, -ou de vie. Mais cette sonnerie est la seule qui soit réellement efficace. La seule qui m'arrache aux torpeurs de l'inconscience, celle qui me ramène à la réalité, celle qui me permet de quitter l'horizontalité de la paresse pour passer à une verticalité dynamique. Quant au réveil, je ne peux me résoudre à en trouver un. Je suis contre ces petits tic-tac insupportables qui résonnent dans la nuit, histoire de rappeler le sens du temps dans l'éternité, nous rappeler à notre condition de petits hommes minables voués à une perte inexorable, toujours ramenés à une grande aiguille qui en rejoint une petite, et la dépasse sans jamais être satisfaite. Et puis, je suis contre le choix-même du réveil: le prendrai-je rétro pour accompagner mon modèle mignature de cadillac sur l'étagère? Le prendrai-je moderne et cher pour que mes amis le voient? Le prendrai-je tout simplement utile, et dans ce cas-là je suis ridicule, puisque j'en ai déjà un dans mon téléphone? Non, non et non.

Le grand problème est que cette sonnerie qui résonne tous les matins est devenue chaque matin l'insupportable tic tac de secondes à présent transformées en journées. Chaque matin, je suis rappelé à ma finitude, à la douleur des jours qui passent en se ressemblant malgré les folies de ma trépidante jeune vie parisienne -sourires-, à la nostalgie de temps anciens où mon réveil était un Boléro de Ravel (16 minutes pour quitter un rêve dans les nuances les plus moelleuses, quoi de plus raffiné), à la lutte pour la conscience et au travail nécessaire.

Plus qu'un réveil, je cherche un éveil. J'ai déjà un peu de lumière... Reste à trouver le chemin.