Wednesday, January 11, 2006

Trilogie parisienne

Figure-toi que je suis un peu emmerdé. Ou plutôt... intimidé. Figure-toi que je viens d'apprendre que mes parents aiment beaucoup lire mon blog mais n'aiment pas savoir qu'il s'agit de leur fils. Figure-toi que mon père trouve que j'ai une aisance d'écriture et que ma mère trouve que je ferais bien de travailler un peu.

Alors voilà, je suis comme qui dirait paralysé, quoi.

Bon, je vais essayer de te faire un résumé, mais sans notion d'heure ou de temps, pour ne pas inquiéter le sommeil parental. Je serai incapable de ne pas négliger les lieux ou l'espace, pourtant. Et pour tout te dire, ces deux derniers jours... c'est le jour et la nuit. Tiens, je me fais sourire. Et c'est agréable. Laisse-moi prendre un thé, je reviens, tu veux quelque chose?

...

Ca faisait longtemps quand même. Je sais pas moi, mais ca faisait longtemps, pour toi c'est facile tu sors tout le temps, mais moi ça faisait longtemps je te dis. 70 personnes dans un si petit endroit. Allez, il y avait quoi, 50 fumeurs? Des rockeurs, principalement. Et une dentiste. De la drogue, il devait y en avoir. Sans doute. Mais là n'est pas l'important car je n'ai rien vu. L'essentiel est invisible, hein, mon oeil. L'important était bien visible, ou plutôt à peine, difficilement, par interstices, il fallait se faufiler pour arriver au premier rang, pousser et insulter cordialement pour de près apprécier ces chansons dont on chante le deuxième refrain dès la première écoute. Il y avait deux Américains avec des accordéons et des claviolas... C'était incompréhensible. Des parisiens qui essaient de faire du post-punk, et deux new-yorkais qui essaient de faire de la musette. C'est un peu ça, la mondialisation. Je ne sais pas, je n'ai pas compris, parce qu'en plus les gens applaudissaient comme des fous. Ah mais oui, parce que c'était très bien naturellement, mais normalement c'est plutôt la guitare qui trône. Limite normalement t'amènes une guimbarde on se fout de toi. Mais là, on leur a fait une place, et ils ont eu ... beaucoup de temps pour jouer et faire de la pub pour leur concert le lendemain au New Morning.

Bon après, tu sais c'est toujours pareil le patron nous gueule dessus, nous dit qu'il nous encule qu'on le fait chier comme ça toutes les semaines, que ça suffit y'en a marre des punks lui il veut juste une petite maison à Issy les moulineaux à la cool à regarder Manchester-Johannesburg à la télévision dans une chaise longue au fond du jardin, alors dégagez maintenant merde, foutez moi le camp, allez autre part, bordel, et toi arrête de jouer au flipper, putain.

Donc là on va autre part.

Sauf qu'on est toujours autant. Je crois que la dentiste est partie. Donc il ne restait que des rockeurs. Mais on s'est engouffré dans le seul truc ouvert du quartier et on a commandé. Ou plutôt les choses se sont commandées et on s'est retrouvé sur les tables à chanter et à jouer de la guitare en tappant du pied des mains et de la tête, avec un autre barman qui nous gueule dessus, qui a bien envie de nous foutre dehors lui aussi sauf que le problème c'est qu'il faut faire son chiffre de nuit et que jusqu'à maintenant pas de problème vois-tu tout le monde paye; en règle, quoi. Sauf qu'on fout un bordel monstre. Entre les bourrés, les mégalomaniaques, les gens trop grands, les gens trop petits, les anglophones, les groupies et surtout l'idée du concours de claques. Je ne sais pas qui l'a lancée, mais c'était pas malin.

En fait, voilà, je crois que ça faisait longtemps que je ne m'étais pas senti si jeune. Ce qui est une phrase qui peut surprendre venant de quelqu'un qui bénéficie encore de la carte Louvre moins de 26 ans.

...

Oui et donc hier, ouais parce que là tout ça c'était avant-hier; donc hier tu vois je retrouve mon pote Earle au Shebeen mais ce soir il travaille pas. Parce que je nous ai dégoté deux entrées pour aller voir Sophie Auster et les deux Américains qui jouent de la musette (non sérieux, ils sont énormes, ils s'appellent One Ring Zero, t'as qu'à regarder sur Myspace) au New Morning. Donc voilà on était près à prendre un taxi mais finalement le 47 arrive juste pour nous place Monge, et là on tombe presque amoureux de la chauffeuse de bus, qui s'appelle Anna (non, mais un truc à devenir fou, je te dis, les Anna, là depuis que j'ai écrit cette chanson) Cette femme a quelque chose d'incroyablement apaisant, un côté mère de famille d'une quarantaine d'années dont les enfants seraient déjà grands et en auraient rien à foutre qu'elle soit divorcée de leur père. Un truc comme ça. On lui parle des lumières du nouveau matin, de l'odeur des petites écuries et d'un chateau d'eau. Elle sourit et nous lance un coucou de la main après nous avoir laissés sur le bord de la route en train d'allumer un pêtard. Là, on arrive au New Morning, rue des petites écuries métro chateau d'eau et on est naturellement en pleine montée (Earle et moi on fume pratiquement jamais, c'est trop hippie) donc on arrive en lâchant des we are on the list par ci des what list? par là avec des grands gestes et des blagues pourries. Et voilà on tombe direct sur Mickael et Sophie. Enchantés. Earle se met à parler à n'en plus finir, et direct ça chauffe, ça parle de seins de fesses déjaculations de masturbation de drogues de faire des trucs qu'on a pas le droit. Moi je suis défoncé alors j'essaie de garder un sourire intelligent mais je deviens parano surtout que Sophie, c'est pas du petit numéro quoi, c'est le genre de filles à qui on n'ose pas parler tellement elle est belle alors qu'on devrait mais Earle il est bon là-dedans, il réussit même à se faire filmer en train de lui écrire des cochonneries dans la main. Finalement je finis par me marrer avec Mickael qui finit par finalement monter sur scène. Avec Earle, on chante comme si on avait écrit les chansons et on chambre à haute voix. Discret est un adjectif clef. Fin du concert, Sophie traverse la salle, emprunte mon feutre minaude flirte avec le miroir -et avec Earle. On lui demande si elle préfère qu'on l'appelle dear darling ou babe. Elle dit que babe ça va. Elle reste avec nous alors que des dizaines de gens passent pour lui faire la bise. Je regarde ses cheveux sans être amoureux. Et puis, y'a son père qui débarque. Et sa mère. Et en fait, on n'est plus beaucoup. En fait, on tient vraiment dans trois taxis, quoi. Earle est avec Sophie et ses parents dans le taxi de devant et moi je suis avec les musiciens Mickael et Josh dans le taxi de derrière direction La Coupole. Bon après c'est juste rigolo parce qu'on est vraiment tous un peu ivres avec le champagne les huitres le mouton cadet l'andouillette AAAAA ça fait de l'effet. On trinque, on déguste sans vanter les plats, Earle parle de John Lurie d'ailleurs on apprend qu'il est très malade là on est un peu emmerdé on parle de coins sympas de new york avec sophie qui est passé sous la table pour je ne sais quelle raison Paul fume ses cigarillos en regardant tendrement sa fille Mickael Josh earl et moi on dit qu'on s'aime je transforme Marie et moi en Sophie et moi et les gens sourient attendris, j'enlève un clou à ma ceinture et desserre ma cravate d'un geste négligé que personne ne voit, on sourit heureux de faire partie du beau monde pendant quelques instants nocturnes. Nous nous quittons avec ce questionnement qu'est-ce qu'on foutait là et la certitude que c'est tout à fait normal.

Marrant, non? Avoue. Avoue surtout que t'es vénère de pas être venu, hein.