Sunday, January 08, 2006

Fellini fait la vie

Je regardais hier soir avec un ami branleur qui m'accompagna l'été dernier sur les collines de Toscane un des chefs d'oeuvre de Fellini, I Vitelloni, littéralement Les Inutiles. Une histoire noir et blanc autour de trentenaires incapables de quitter leur maison maternelle, d'arrêter de sortir, et d'accepter les responsabilités de la vie. Le tout au début des années 50. Mais d'une actualité à couper les souffles.

Une sensibilité dans la caméra de la mise en valeur du surgissement (notamment de personnages burlesques), un aller-retour permanent entre sarcasme notoire et abandon total à l'innocence, un art de filmer les fastes de foules en fêtes et de folies collectives, une inconstance dans le ton des caractères qui déstabilise à chaque instant, l'emploi d'une musique qui rend inoubliable une atmosphère à la fois indigène et universelle. C'est comme si la fin de la Dolce Vita était déjà filmée sous nos yeux, avec ses plumes qui tourbillonent jusqu'à l'étouffement. Et on ressent comme l'expression d'une vanité dégueulasse... Que par passion l'on refuse de vivre ou que l'on vive réellement, on finit toujours avec un goût d'écoeurement.

Ce qui marque par-dessus tout, ce sont les rires. Des rires qui naissent emplis de spontanéité juvénile, puis disparaissent dans le néant, celui de la nuit ou celui de l'ivresse, des rires qui réapparaissent dans un cynisme insupportable, des rires qui se transforment en sourires profonds, précis, pervers, des rires qui collent aux visages et s'en séparent avec mépris. Comme pour nous dire: "Le rire est la saleté de l'homme.".