Friday, December 02, 2005

Oraison funebre

La brume avait envahi les sentiers. L'herbe semblait fumer alentour. L'atmosphere etait froide. Le glas sonnait, glace, comme si lui-meme se refusait aux ordres, a savoir se hasarder dehors. On entendait en tendant l'oreille des orgues marmonner un air de Bach. Quelques pas, aussi, suggeres. Mais personne n'osait les mots. Seule la Parole de l'Evangile s'elevait sinueuse au-dessus de tout. Point de panique, il s'agissait de Saint Paul - le seul valable. L'imperissable dans le perissable. L'immortel dans le mortel.

Voila que tout se mettait a vivre tout d'un coup. Voila que les montagnes enneigees s'ebrouaient. Voila que le ciel de gris devenait blanc. Voila que l'air se changeait en oxygene pur et que le sang se mettait a circuler avec la rapidite de l'ethanol. Voila que les ventres vides s'emplissaient d'une satiete auto-feconde. Voila que les diables et les anges se mettaient a danser ensemble au purgatoire, bucoliques comme dans une fete de village. Voila que les corps n'avaient plus d'importance et que les ames ignoraient les ages.

J'etais au pied des Pyrenees, bientot pret a rejoindre le haut des gratte-ciel new-yorkais. Un dernier regard dans les bulles d'air, avant les hublots et le hub; une coupe de champagne, et je fermai les yeux.