Monday, December 12, 2005

I see lots of things. I say lots of things.

Pendant longtemps, je n'avais pas vu le jour a New York. Couche trop tard leve trop tot ou leve trop tard. Et puis, ca m'est venu. J'ai pris un grand black coffee no milk no sugar avec un bacon and eggs sur le pouce, en sifflotant un air mexicain avec la serveuse. J'ai suce mon pouce, je me suis leve, j'ai paye et j'ai pris le J. Descendu a Chambers Street, j'ai flaire Ground Zero. Le vendeur de hot-dog a l'angle ne m'a pas aide. J'ai traverse City Hall sous la neige, je suis rentre dans Woolworth dont je me suis fait virer aussitot, je suis alle pisser a Saint Paul's Church et puis je me suis enfin dirige vers les grilles du point zero, le centre du monde depuis la fin 2001. Je pense a la Tour Eiffel qui s'ecroule chez Delausnay... selfish cunt.

Ah, les grands espaces.

Je chantonne du Bashung en remontant Broadway, je m'arrete a la librairie Strand pour faire mes cadeaux de Noel (c'est l'intention qui compte, et cet endroit regorge de clins d'oeil et de references d'occasion) et je m'arrete enfin a Rivinsgton Guitars pour me faire mon cadeau de Noel. Elle est la depuis quelques jours dans la vitrine, dans la vitrine, etincelante, lustree, dans l'attente d'etre violentee. Quand je parle d'elle en anglais, j'oublie que c'est un objet et je la she-ise en permanence. Mon compte en banque passe de $0 a -500 euros. Le genre de pute qu'on ne regrette pas.

A 19h, je suis sur scene. Il y a 7 personnes dans la salle du Cafe Barbes. Nous atteindrons les 50 dollars de contribution to the music en un one-hour set. Ce qui veut dire, qu'a la fin il y avait 10 personnes. Je fonce a l'essentiel: c'est toujours agreable de voir les sourires sur les visages des gens. C'est comme les bisons de Picasso. Comme je n'ai rien mange depuis trois mois, je bois beaucoup et suis rapidement dans un etat d'ivresse confortable. Un shot de vodka et puis s'en va. On fonce boire du vin italien en mangeant des pates tres cheres au saumon idem dans une maison de Brooklyn. Au basement, Newcastle a marque. Je crois que quand je serai vieux jaimerais me retrouver dans ce type d'atmosphere... ou dans la House of Spiritual Retreat de Roberto Ambasz, pres de Grenade.

On m'avertit que fumer dans le metro c'est pas tres malin. Je m'en fouts n'en fait qu'a ma tete comme toujours et me fait prendre par un New York City cop dix minutes apres. Je pense qu'il aint too smart, je dis que je ne savais pas je suis francais mais qu'en meme temps je comprends je peux pas non plus par exemple venir d'amsterdam prendre des champis et dire qu'ensuite je savais pas. Il me regarde dans les yeux, me demande si j'ai bu, je lui dis oui pourquoi c'est interdit aussi dans ce pays, il me demande ce que j'ai bu je lui dit une brooklyn lager une stella une guiness un shot de vodka quatre verres de vin une prune ecoutez prenez mon passeport notez ce que vous voulez et on en parle plus. Je rate mon train mais je ne suis pas furieux. L'ivresse me distrait bien assez.

Dans mes oreilles sales siffle le son des speakers de Janet Cardiff.
Les sieges sont brulants, la froideur se condense sur les vitres et les lumieres de Manhattan brillent a travers les acieries du pont de Williamsburg.

Je rejoins le Subtonic. On danse pendant deux heures comme des furieux sur de la disco-funk avec deux Afro babes. Puis nous vient l'envie d'un Ricard. Mais alors, un caprice auquel nous cedons aussitot au Cafe Charbon. Nous dansons heureux, la musique est plutot mauvaise mais la compagnie agreable. Trop agreable. Cette fille qui nous accompagne, (nous=deux garcons charmants a pull en V decides a s'amuser un samedi soir), est trop jolie. Son decollete naturel se mele a son ton sophistique et ses airs de petite fille avec une harmonie insaisissable et irresistible. Impossible de lui en vouloir d'etre avec un garcon depuis 5 ans. Impossible, mais possible de l'accompagner jusqu'a un taxi pour qu'elle rentre seule se coucher.

A ce moment de la soiree, nous entrons dans une mecanique de la decadence ethylique qui semble ne jamais avoir de fin. Nous longeons les murs de briques qui semblent avoir ete decores par Rob Rhodin. On fonce au 2A se prendre des bieres a $4 et parler avec fougues et sourires de femmes eues, pas eues, a voir et a avoir. Les vieilles baffles crachent comme toujours ce son sale des annees soixante et soixante-dix qui fait qu'on ne peut s'empecher de se sentir chez soi ici. On demande au bartender ou sa tante fait des hamburgers. C'est a deux blocks. On se met au comptoir et la vie est un long fleuve tranquille. Qu'est-ce qu'on s'en fout de l'Irak et de la bande de Gaza tout d'un coup.

C'est peut-etre l'heure de rentrer.