Tuesday, December 13, 2005

Et flute!

Ce type a du etre nourri au peyotl des ses premieres annees sur Terre. Comment peut-il tous les matins a ce point etre hante par ses fantomes de la Cordillere des Andes au milieu des murs carreles de la station Delancey?

D'abord, il y a cette bande qui tourne, faite de claviers new-age qui tournoient sous les neons blafards, base de tout, source inspiratrice, mere feconde. L'homme s'en nourrit avec l'appetit d'un ascete, a la fois satisfait et toujours en quete. Son oeil est fixe dans un autre temps, un autre espace. S'il est habille d'un jean trop grand, de pauvres repliques de Timberland et d'une chemise usee de bucheron, cela n'a aucune importance. Il est a la cime, grace a ses racines. Sa realite premiere et immediate n'a que peu d'interet pour lui. La realite qui vaut pour quelque chose, c'est celle de l'heritage et de la perpetuation.

C'est absolument ahurissant comment cet homme peut soudain s'eloigner de son microphone pour errer sur le quai avec sa guitare flamenco au son si approximatif, parfois sans jouer, marmonnant tout seul dans des langues anciennes, comme proches de l'arameen ou du sumerien. Et puis, sans prevenir, sa main s'agite sur les cordes dans un spasme amazone et il semble que des demons se faufilent dans les couloirs comme des rats pourraient se faufiler entre les rails dans leur immondicite quotidienne. Ensuite, il revient au micro, ses sourcils s'ecarquillent, il jette un regard indefini mais convaincu dans le vide, nous fait croire a l'eventualite d'un cycle, leve la main au ciel, la tend comme pour separer les atomes du dioxygene, la redescend dans une theatralite necessaire et se met a secouer ces colliers de bois, de dents, de coquillages et de pierres mysterieuses qu'il porte autour du cou. Ses longs cheveux gris s'agitent. Quelque chose s'est passe.

Il ne ferme jamais les yeux pour entrer en communication. Ses levres s'approchent lentement du microphone, on detourne la tete avec horreur... et c'est la que retentit, plus puissante que les orgues de Saint Eustache, plus intense que le OM hindou, plus stridente qu'une sirene de guerre la louve romaine de l'Amerique du Sud: la Flute de Pan! Le satyre se recule soudain et se met a claquer des dents, son visage se crispe de nouveau, comme dans le moment precedent une torture, que dis-je une torture, un genocide, le pied foule le sol avec violence, nous assistons a une metamorphose, ce que nous croyions etre creature humaine a mute en animal malade! Et ca hurle, et ca bat, et ca pousse des cris d'un exotisme douteux, - et ca se fuit comme la peste.