Friday, November 18, 2005

Conte rendu

Le vestiaire sur le cote n'etait qu'un leurre - je realise soudain que le cocktail se deroule dans une boutique Marithe Francois Girbaud... Il va falloir etre brillant. Generation Mitterand, quoi.

Le beau livre signe est un livre d'art moderne vaguement interessant, de ceux qui plaisent aux jeunes femmes qui travaillent dans l'advertising et aux gays qui font semblants d'etre passionnes par d'autres choses que la sexualite. Hidden Track , s'appelle l'ouvrage. Helas, une phrase vient soutenir ce titre si seduisant a premiere vue: how visual culture is going places. Toujours conciliant et encourageant, ou plutot sciemment con et rarement decourage, je me mets a feuilleter le pretexte de ma presence. Que dire dans cet ennui a la personne qui se joint a moi pour poser son oeil-juge sur les creations exposees alors? Un "I like that" qui ferait autorite? Un "I hate that" qui traduirait un manque de gout impardonnable? Un "That's fun" suffisamment evasif pour mettre tout le monde d'accord, ou un "That's interesting" afin de faire hocher tout le monde de la tete dans la crainte d'un devoir de prise de parole? Peut-etre un "This is sooooo avante-garde"? Non, il vaut mieux lacher un "you know what?" mysterieux, marquer une legere pause, poser mon index droit perpendiculairement a mes levres sur ma bouche et enchainer sur "this reminds me of..." prelude a un discours convaincu sur des artistes que je connais. Pfff. Je ferais aussi bien de me taire en me saoulant au champagne, dans de petites bouteilles Nicolas Feuillatte -et a la paille.

Lorsque j'arrive au metro, un hoquet me secoue le fond de la gorge. Mais j'ai ma technique. J'essaie de me souvenir du nom du manager d'Arielle Dombasle, et hop, fini, disparu. Les apparent tracks de la ligne F se mettent a trembler et en tres peu de temps je suis dans un club miteux de l'avenue B, tenu par l'ancien frontman des Dictators, donc completement passeiste et nostalgique d'epoques peu vecues et fantasmees. Au comptoir, alors qu'un pote de Lennye Kaye vient de m'inviter a sa Thanksgiving party, j'essaie d'expliquer a Joff, avec qui j'ai rendez-vous, que il faut arreter de s'appeller underground independant artist, quand tout ce qu'on fait ce sont des chansons pour que les gens ne desirent plus que d'etre dans la passion de l'instant fugace. Mais il me parle astrologie, lui. Il me dit que je suis un good soul who will find his way. Contrairement a son pere, qui l'a abandonne quand il avait trois ans, et qu'il a incenere le week-end dernier, dont il a senti les cendres, ou plutot les os cendres, car il restait des bouts, je l'ai senti dans mes mains, et j'ai porte mes mains a mon visage et je me suis dit qu'il ne le meritait pas, non, il meritait pas que je sois la, mon pere, mon pere qui m'a juste laisse deux mille fucking dollars, je vais aller ou avec ca, non, il meritait pas, tandis que toi, tu merites, t'es un good soul, tcharlz bapetiizte, never forget that. Je rigole, putain ce champagne m'a fait tellement de bien.

Une veille de beaujolais nouveau, il faut bien ca. Le surlendemain sera tellement dur a vivre.