Tuesday, November 15, 2005

Changements

Art Brut donne l'envie d'etre rellement fou. A savoir de ne pas se demander si on l'est ou d'essayer de le paraitre, a la maniere de certaines de mes connaissances. Ce groupe parle de nouvelles petites amies illuminant un week-end (car elles sont apparues nues DEUX fois!!), de petits freres decouvrant le rock'n'roll et devenant maniaco-depressifs (stay off the crack, stay off pete doherty), de filles qui veulent eteindre la lumiere pour oublier avec qui elles couchent, et de gens qui devraient rentrer chez eux pour former des groupes. Go home and form bands. Oui, cela m'interpelle.

Mon grand-pere est actuellement en guerre. Contre l'Allemagne. Et contre son cerveau qui se deteriore. C'est loin d'etre beau, et je crois que c'est encore pire de pres.

J'ai vu beaucoup de Blacks ce week-end. Des slammeurs, notamment, dans un concours d'envergure, aux talents fluctuants toutefois, avec toujours cette tendance etrange a la paranoia de la persecution, ce langage semble-t-il necessaire des mains, mecaniquement tres agressif accompagne d'une parole saccadee, les yeux au ciel ou au-dessus des fronts luisants, au-dessus de l'oeil attentif et passionne, craignant pour sa securite mentale, enveloppe dans le flow incommensurable de la langue, comme un ragga universel revenu de la terre. Et puis, j'ai vu de simples hip-hoppers qui montent une nouvelle radio. Ici ils boivent. Et ne fument pas beaucoup. Heureusement, tant leur herbe est puissante.

Mon pere a rapporte d'Argentine cinq kilos de viande. Il parait que les vaches la-bas ont des hectares entiers pour elles toutes seules, que du coup, elles se la coulent douce, que la vie est belle, et qu'a l'abattoir elles sourient presque, tant elles n'ont jamais manque de rien. Je pense que Noel sera a point, presque saignant.

Et puis, merde, la porte etait fermee. J'ai tappe, hurle, le couloir etait vide, j'ai hurle encore, j'ai foutu un coup de pied dans la porte, je me suis dit que j'allais crever et je me suis ecroule sans forces contre le mur. J'ai senti pres de moi le drappe d'une robe feminine, blanche a fleurs, qui forme un delta fertile au niveau du pubis quand celle qui la porte s'allonge, mais j'etais bien seul. J'ai ouvert les yeux, la porte devant moi semblait loin, la minuterie est arrivee a terme, les lumieres se sont eteintes. J'ai senti des ombres derriere la vitre, j'ai voulu appeler, mais personne n'a repondu. Ah, ca faisait longtemps que j'avais pas melange les trois. On me tend de l'eau, je rejette le bouchon car j'ai deja pris un autre ascenseur. Je veux que celui-ci jamais ne s'arrete. Quand je me reveille, il fait nuit et je me souviens de tout. C'est le gros probleme des grands romantiques: la MEMOIRE.

Hier soir, sur une VHS extraite de la videotheque d'une videaste colombienne installee a Brooklyn, un court-metrage de Godard tourne en Italien mettait en scene un couple francais sur la descente (cadre necessaire a tout film francais, soit dit en passant, genre: sans debut et sans fin) alors que des menaces de retombees chimiques sont vehiculees par la presse suite a d'importants essais atomiques essayes au-dessus de l'atmosphere parisienne. Le protagoniste se demandait si la ville avait change, si lui avait change, ou si Alessandra avait change. Je me suis demande cela aussi. QU'EST-CE QUI CHANGE VRAIMENT?