Saturday, September 17, 2005

Monk alone

Thelonious Monk a cet art de ne jamais permettre l'ennui chez ses auditeurs. La retenue avec laquelle il construit ses mélodies, sans aucune grandiloquence, avec pour unique appétit celui d'un enfant de sept ans qui n'aurait jamais entendu d'autre langage que celui d'un piano depuis sa naissance, fascine jusqu'à la béatitude. Les décalages qu'il introduit entre les rythmes de conservatoire laissent à penser qu'une autre forme de communication nait à chaque silence.

Monk est un moine qui a réussi à pénétrer le temple et nous en parle avec des mots pour lesquels il n'existe aucun dictionnaire. Tout comme l'on peut rester en extase devant des paroles d'étrangers dont on ne connait pas la langue mais dont on saisit quelques sentiments par les inflexions mystérieuses qu'ils utilisent, Monk nous pose des devinettes rapportées d'une bibliothèque ensevelie. Ironique, ce thème au titre séduisant: "Nice work if you can get it". Provocateur: "Everything happens to me". Universel: "I love you sweetheart of all my dreams". Réaliste: "Darn that dream". Disciple: "I'm confessin". Désinvolte: "I should care". Humain: "I surrender dear".

Thelonious est tellurique. Moîse a séparé les mers, Monk a ouvert la Terre, -deuxième étape de l'ascension, pour qui a trouvé les clés du temple sans horaires fixes. Car Monk en solo piano n'est jamais seul.

"What need have I for this, what need have I for that, I am dancing at the feet of my lord, all is bliss, all is bliss." Laissez-moi les clés, s'il vous plait.