Wednesday, August 03, 2005

"There's a [RER] of no return..."

Jean est gros. Pas vraiment obèse, mais très complexé. Sa vie n'est pas facile, articulée à grosses gouttes autour d'un emploi du temps délicat, fait de gymnastique tonique, de boissons énergétiques, et de fruits et légumes sans saveur. En outre, il a arrêté de fumer, parce que selon lui "cela faisait fuir les filles". Tous les soirs, il prend le RER A de 19h40 à Châtelet pour rejoindre une banlieue couleur eau minérale Hépar dans l'Est parisien. Bien qu'il accuse une bonne trentaine d'années, l'acné ne l'a jamais quitté, envahissant ses joues avec volonté d'hégémonie.

Mais aujourd'hui Jean va bien. Parce qu'il a acheté un IPod. Et qu'il peut écouter à volume très élevé de la disco. Et là, Jean se sent bien, Jean se sent beau.

Dans ce même RER, Edouard, jeune vendeur pour Dior Homme, pieds fatigués dans ses étroites Bowen, le costume ceintré d'Italien puceau à 20 ans, se dit que putain des culs à Paris y'en a. Et qu'il va s'en tapper, pas comme ce mec qui est là, le gros avec ses écouteurs vrombissants comme un vibro-masseur. Parce que lui il va devenir Directeur Artistique de la ligne Dior Homme, il le sent, c'est ça son truc, niquer les gens. Il en veut.

Sauf que Edouard n'a pas d'Ipod. Et qu'en ce moment, Edouard ne se sent pas bien, Edouard ne se sent pas beau.