Wednesday, August 17, 2005

Pour ceux qui suivent l'histoire "parallèle": la suite!

La Seine a un truc en plus par rapport à la Marne, ce sont les Parisiens. Sauf que les Parisiens sont ennuyeux. Ils sont figés dans leur image qui court à deux cent à l’heure en fond d’écran Apple, vers ce énième rendez-vous d’affaires sérieuses, dans un univers où ils sont les meilleurs et où il est important d’avoir un avis sur tout. Ou ils ont un rendez-vous galant, une maîtresse à baiser, une Américaine à agenouiller, une danse à ne pas partager. Les Parisiens ont des objectifs. Ils ne sont pas dans le mien. Ils ont trop passionné tous, en France et dans le reste du monde. Ils ont trop passionné les Parisiens eux-mêmes, rive gauche comme rive droite. Les gens attendent quelque chose de nouveau, le pont vers la Cité d’Or, un nouveau Lutèce, quoi. Sauf que les mégots bouchent les égouts. Patience, la Seine m’intéressera quand elle débordera.

Dimanche après-midi, je marche calmement le long d’une Marne paisible comme en rêve, tirant une cigarette Camel tirée d’un paquet de dix acheté à Berlin la semaine dernière. Il y a un peu de soleil, mais les couleurs ne sont pas très contrastées. Je n’arrive pas à trouver un nom de peintre quelconque qui pourrait avoir voulu restituer cet endroit sur toile. Sur l’autre rive, en sens inverse de ma direction, approche pourtant une personne, une sorte de jogger, en survêtement gris années 80, et au visage rouge, exténué, prêt de s’effondrer. Elle semble se déplacer par pseudopode, avançant chaque partie de son corps dans un effort continu pour lui faire rejoindre le corps lui-même. Y a-t-il un sexe à cette personne ? Peut-on lui donner un nom ? Si cette personne portait des écouteurs, je pourrais dire avec une presque certitude que c’est Jean. Mais non, pas d’écouteurs. Sauf que. Le visage de cette personne est rougi, et ne semble pas respirer un bonheur incommensurable, qui plus est féminin, mais plutôt bel et bien souffrir un calvaire sans précédent, sans religion, si ce n’est celle de la Chute, sans idée d’un monde meilleur, les yeux blanc-jauni comme un mur d’appartement laissé à l’abandon par un fumeur de Havanes ! Si cette personne n’est pas heureuse, donc, et qu’elle ne porte pas d’écouteurs… que son survêtement est gris années 80… mais alors c’est… non…

Pas de doute, c’est bien Jean.