Tuesday, August 09, 2005

La suite

Ah, une lumière s’est allumée au cinquième étage. Il est pourtant quatre heures du matin, et tout est calme dans les murs de l’immeuble central de la place de la Libération à Courchebel sur Marne. Les enfants dorment et font des rêves de marchands de béton brûlant pour baignoires au fond de la Seine. Les couples sont lassés d’avoir fait l’amour devant des pornos soft téléchargés sur des PC vendus 1.000 euros chez Carrefour. Les RMIstes se font un plaisir de pouvoir faire partie des 10% de la population non-active les yeux fermés. Les joggings sont foncedés et les chaînes Tony Montana rangées dans leur boîte The World Is Yours.

Oui, la lumière est allumée depuis quelques minutes au cinquième étage. Le troisième joint n’a pas fait son effet. Putain, ce shit est vraiment dégueulasse. Edouard, le shit ça le rend un peu parano en fait. Normalement, ça le fait dormir, mais depuis cette histoire de Dior Salope! , Edouard calcule, Edouard mesure, Edouard étudie, Edouard analyse, Edouard se rend des rapports, Edouard multiplie les accords, Edouard additionne les décors, vif – au premier abord. Edouard s’enlise. Il faut trouver un sponsor. Mais merde, il est tard, alors Edouard se gratte le haut de la nuque en pensant à la gueule du patron demain, quand il arrivera les yeux plein de cernes, l’œil vif uniquement au premier abord. Putain, demain, il y en aura encore, des salopes. Auront-elles des jupes courtes ou des jeans moulants ? Des décolletés à mourir ou des hauts-le-corps séduisants ? Il s’en passe des choses dans le boxer CK One offert à l’achat du parfum… Un kleenex triple épaisseur et en finir. Le sommeil n’en viendra que plus facilement.



Juste au dessus, Jean s’est endormi le casque sur les oreilles, Boogie Nights en boucle. A la fenêtre, on peut voir que la télévision est encore allumée. Qu’y avait-il ce soir ? Ah oui, « Les plus grands tubes disco du millénaire » présenté par Alain-Michel Rupier. Jean a réalisé un tiercé gagnant sur le Top 3. La glace vanille-framboise était bonne, quoique un peu light. Le médecin a dit de ne pas trop en prendre, seulement le week-end. Jean a un peu anticipé, on est vendredi soir. Mais fallait fêter l’arrivée du week-end.
La respiration est détendue, articulée de quelques gaz perdus dans l’antre. Des gaz somnifères en quelque sorte. Bourré à la matière grasse. Burp. A cette heure, la télévision doit passer "Chasse et Pêche en Massif Central" et le gazouillement d’oiseaux bucoliques se mêlant aux aboiements de chiens et chiennes fidèles ne parviendra jamais aux oreilles de Jeannot. Sauf que personne ne l’a appelé Jeannot depuis son indigestion en quatrième pour l’anniversaire de ses treize ans : « Mange, mon Jeannot, tout le gateau est pour toi, allez mange, ça te fait plaisir, hein, allez c’est ton anniversaire, ne pense pas à ta note d’EPS d’hier, dis-toi que ta maman est là et que elle veut bien prendre soin de son petit Jeannot, hein mon Jeannot allez mange… mais ne dis pas à ton nouveau papa que… » Ouf, il ne s’est pas réveillé. God save the disco queens.