Wednesday, May 18, 2005

De Marie à Paris Match Marie

La première s'appelait Marie, et était mariée à Joseph, dont elle a eu un mouflet, qui a vraiment foutu sa merde, puisqu'il a fait sa crise d'ado à trente-trois ans. Je l'ai toujours aimée. Parce qu'elle a su rester pure. Peut-être. Et qu'elle a beaucoup souffert. J'avais six ans et je voulais être prêtre, pour pouvoir manger et dormir en étant payé pour attendre le retour du Vieux qui avait foutu sa merde dans sa jeunesse. Vas-y, raconte, c'était comment?

La seconde s'appelait Marie, Marie Dubruel, un petit ange aux yeux bleus marines avec couettes blondes habillée en Cyrillus, qui prenait des cours de piano dans le même immeuble où je me rendais, culottes courtes et chaussettes remontées, tous les mercredis soirs pour les séances de la Merry School, cours d'anglais pour petits jeunes friqués. J'avais huit ans et je n'ai jamais réussi à lui parler. Mais elle m'a beaucoup souri. Sometimes I wonder.

La troisième s'appelait Marie, Marie-Madeleine, une copine de la première Marie, ou une parente, je ne sais plus, sauf qu'avec elle, je sentais dans mon corps des sensations vraiment extraordinaires, qui me poussaient, par exemple, à me frotter contre un lit avec fièvre, ou à écrire des pages et des pages de mots obscurs découverts dans les Mille et une Nuits. J'avais dix ans, et j'ai aujourd'hui une tendresse pour elle, de celle dont on fait usage avec nos ex-girlfriends. Normalement. Quand ça s'est bien fini. Sauf qu'elle, a fait tout commencer.

La quatrième s'appelait Marie, Marie "je te déteste", que j'ai été obligé de séquestrer dans un coin de cour d'école, avec comme arme de destruction des vers de terre particulièrement peu ragoutants dans mes mains, et à deux centimètres de son visage: "Dis-moi que tu m'aimes, dis-le moi...!". Marie, en larmes, tombe à mes pieds pour les embrasser et dire la phrase magique. Je la laissai filer. Victoire, victoire! Non, il manquait quelque chose. Ma réponse: "Parce que pas moi!". J'avais douze ans, et c'était pas gagné.

La cinquième s'appelait Marie, Marie-les-cheveux-courts. Il s'agissait bien d'une femme, son visage et ses yeux en témoignaient (regarder autre chose chez elle aurait sans doute provoqué un violent rejet). Et puis le fait qu'elle ne veuille pas de moi, aussi. J'avais dix-sept ans, c'était le lycée, j'étais une star, mais un peu tarée. Et trop bon élève. Pourtant, je faisais des efforts. Mais Marie n'en faisait pas. Si ce n'est qu'elle me ramenait en scooter de fêtes en campagne à cinq heures du matin, parce que j'avais fait le mur, et que mon père allait bientôt venir me dire "bonne journée, mon grand" dans l'entrebaillement de la porte de ma chambre.

La sixième s'appelait Marie, Marie-Jeanne, une véritable drogue. Je la voyais tous les jours, et ce qui était fantastique, c'est que lorsque je marchais avec elle dans la rue, qu'elle se pendait à mon bras, et que je la suppliais de continuer, les gens s'arrêtaient pour nous regarder passer. Je suis certain qu'ils auraient prêts même à nous regarder pisser. Notre pas alerte, notre bonheur coulant de tous pores, notre respiration sexuelle à désir, notre classe européenne faisaient de nous des vedettes incognitos, celles dont on sait qu'elles le sont, mais dont on ne connait plus les noms. J'avais vingt-deux ans, j'étais follement amoureux, mais pas amoureux fou.

La septième est une chanson.