Monday, April 25, 2005

Qu'en dîtes-vous, Docteur Freud?

- "Cette nuit fut infernale. Une véritable poursuite haletante. Des souris avaient envahi mon appartement. Et je dis DES souris, car s'il n'y en avait qu'une, elle était rudement coquine. Rusée, celle-là. Une minuscule Jerry grise sur fond de Lee Lewis. J'ai retourné l'appartement, cassant des assiettes, me coupant les pieds, renversant des cendriers entre les lattes du parquet, couvert d'une sueur insoutenable, cabrant les hanches de toutes parts. Et impossible de mettre le grappin dessus. A chaque fois, elle me glissait entre les doigts. Ou sous. Disons que en vérité, chaque fois qu'elle traversait une pièce, je sursautais, et que, dès que je décidais que j'allais l'attraper, elle avait déjà disparu. Ces petites choses se déplacent sacrément vite... Je comprends parfois la Castafiore.

Mais je ne la prendrais jamais. Non, moi, les cantatrices, ça ne m'a jamais excité. Les pianistes, souvent, oui, pour leurs mains dont on aimerait qu'elles nous caressent le visage sur l'intégrale des Prélude et Fugues, et les violoncellistes, aussi, pour la force qui semble se dégager de leur entrejambe, et les flûtistes, aussi, pour des raisons auxquelles nous laisserons l'imaginaire de chacun. Les violonistes, pire, les altistes, non, là, ce n'est pas possible. Ces croûtes sous le menton, là, le long de la mâchoire, après des heures d'exercice, me mettent toujours mal à l'aise.

Revenons à nos souris. Les premières souris qui m'ont marqué furent celles toutes blanches de la première scène juste avant le générique de "L'homme invisible", que j'ai vu enfant. Je les trouvais un peu folles, et elles m'attiraient pour cela, et j'éprouvais une certaine délectation à les voir prisionnères dans cette cage en verre, où la suffocation semblait faire partie de leur vie. La suffocation, source d'érections diverses. Et puis, j'avais confiance en mon chat, jusqu'à ce que je le jette du deuxième étage pour voir "s'il retomberait sur ses pattes, comme toujours." A partir de ce moment-là, il a cessé de me parler, et de faire son boulot de chat, à savoir ce que je lui ordonnais de faire: dormir ou poursuivre les souris marrons qui parlent. Parce que j'en ai vu des souris. J'ai habité la campagne. Mais à Paris, je ne pensais pas que cela existait. Je pensais que c'était l'Empire des rats, despotes entre tous sur les égoûts. Mais non! Visiblement, les despotes sont tels qu'ils ont promis aux souris les appartements bourgeois, pire des hautesses. Et voilà, ainsi je me retrouve face à cette petite bête insupportable, qui, je n'en doute pas, est de sexe féminin. Elle est bien trop joueuse et capricieuse.

- La séance est terminée. Je sens que vous avancez à grands pas. Ce sera quarante euros.

- Auriez-vous la monnaie sur un billet de 500?"