Wednesday, March 09, 2005

Soit

Mes sarcasmes masturbatoires auront donc fait réagir la plèbe et vous m'en voyez ravi. Hélas, certains jours, je pense être le roi du monde, d'autres de la gangrène.
Le monde est absurde. Je suis absurde. Le monde est con. Je suis pire.
Voici donc du vrai et du lisse, pas de provocation, juste du sympathique! Ah, que les gens gentils sont biens...

Hier, j'étais à Montmartre. C'était sombre et plein de petites lumières éparses. Il y avait du pavé,et j'ai regretté de ne pas avoir pris mes Weston pour pouvoir entendre claquer mes pas sur le sol. C'était humide aussi. Au bout de la rue de Steinkerque, je me suis senti soudain Américain à Paris: "How amazing!". Gene Kelly m'a souri. Je suis arrivé au Soleil de la Butte pour écouter jouer un ami, un connard, un coach, un dingue, un monstre, un génie. Lui aussi joue dans l'obscurité. C'était très bien, le son était là, ses paroles coulaient, et on avait envie de sourire autant que de pleurer; le petit malaise qui fait qu'on ne sait pas trop quoi dire à part "bravo". Après le concert, j'ai rencontré une femme charmante auprès de qui il faut que je fasse mes preuves. Voulant partir tôt pour me coucher tôt, je décidais de rejoindre Barbès. Or, la ligne 4 passe par Odéon. Et à Odéon, il y a le Bar Three. Et au Bar Three, il y a de la bière, des filles et des copains. Juste un petit tour, et j'enchaîne sur le dernier métro.
Là, dans la cave, je tombe sur une Américaine charmante, toute mince avec une belle mèche dans les cheveux, et qui me parle très près, qui approche toujours sa bouche de la mienne quand elle me parle, et comme ça, pendant dix minutes. Je ne veux pas passer pour le Frenchy alors, je ne fais rien. Ou peut-être suis-je timide, enfin cela dit, la bière m'a détendu. Je ris, je souris, et je lui parle de Rimbaud, qu'elle adore, et je lui dis, que c'est la honte, parce que j'ai connu Rimbaud par les Doors et Patti Smith. Ah, tu fais des études de photographie et d'histoire des religions à lUniversity of Virginia? Là, me passe une question par la tête. Avec elle, ça va, pas de souci à se faire, mais que fait-on quand on est gauche caviar et que l'on se rend compte que la fille dont on vient de tomber amoureux est une Américaine pro-Bush? Honnêtement, le militantisme n'est pas mon truc. Il faudrait sans doute séparer les tâches. Enfin, voilà, la fille me parle,mais je suis quand même crevé, je vais pas faire de vieux os, à ce rythme-là dans ma vie, je me mets à penser à la mort, et à me dire que peut-être je suis à la moitié de ma vie. Alors, là, je décide que c'est le moment de se barrer, et seul. je lui demande si elle reviendra le lendemain soir, elle n'entend pas, je la tire du dance-floor, je la regarde profondément, et je lui dis que j'aimerais vraiment la revoir le lendemain soir (en plus, elle n'est là que pour une semaine), on passe du Florent Marchet sur les baffles "on était pas malin, à te prendre la main...", c'est décalé, et elle me dit qu'elle va faire tout pour convaincre ses copines, je la crois, puis aussitôt, je me dis que non, c'est sûr, elle ne sera pas là, de toute façon, moi, le bar three et les Américaines, c'est une vieille histoire. Je me casse, j'ai déjà oublié son prénom, je n'arrive qu'à me souvenir de celui d'une punk aux cheveux roses, fascinante, que j'ai rencontrée dans le métro entre Barbès et Odéon, justement, L a e dans l'a t i t i a. Dans le métro, deux types laids humilient de leur brillance intellectuelle un pauvre clochard saoul en traitant son discours de fasciste. Je rentre chez moi en lisant A Nous paris, où Dee Dee Bridgewater explique que c'est trop dur la vie avec Diana Krall. Je me dis que tout ça c'est de la merde, mais que pour ses 55 ans, Dee Dee est magnifique, de toute façon elle l'a toujours été, je ne sais même pas pourquoi elle se soucie d'une pouffe comme Diana. Là, je me rends compte que je viens de rentrer dans un débat inutile, et je me couche. A A A je voudrais un B B avant qu'on ait C C. Faut s'aimer. Noir.