Friday, March 04, 2005

Il ne manquait plus que cela

Ophélie, la fille qu'on ne pourra jamais retenir, la fille qui ne revient jamais et part toujours, la fille qui ne laisse de traces que dans la mémoire chancelante des fiévreux, la fille qui disparaît dès qu'elle apparaît, la fille qui file entre les doigts tremblants, la fille qu'on ne voit qu'en coup de vent chaud en plein froid, la fille qui ne veut pas d'allers-retours. Six mois après. Après six mois de silence radio. Elle envoie un SMS (drame de la technologie): "Petite parenthèse estonienne s'ouvrant au rythme du train... ta pensée m'est venue, t'en souviendras-tu? -Ophélie". Elle a gardé mon poème, et ma signature en numéro téléphonique lâché au nez enrhumé de la contingence. Elle a regardé mon poème, celui que je lui avais glissé secrètement dans son sac et a glissé sur cette page aujourd'hui. Prendre garde. Car elle ne reviendra pas. Jamais.

Ophélie, je te chante toutes les semaines devant des anonymes. Ton nom est éternel.

"Our love, don't mess with our love, our love is so much stronger..." -Murray S. Lightburn

Ophélie voit défiler la voie lactée du chemin de fer
Et le soleil dans ses yeux renverse tous les réverbères
Les paysages filent à une vitesse modérée
Tandis qu'Ophélie chlorophylle ne parle même pas d'arrivée.

Ophélie veut d'une liberté comme on ne sait plus en faire
Que des allers, pas de retours dans n'importe quel TER
Elle vous emmène et non l'inverse alors qu'un las murmure
"Reste près de moi, Ophélie" s'élève dans l'azur.

Ophélie donc un peu folle a quitté les maîtres d'école
Oublié villes, oublié vallons, ne retiens que les paroles
Retenons doucement pour quelques petites secondes

Arrêtons un peu las sans arrêter ce tour du monde
Cette chanson de quai de gare, pour une fille qu'on ne peut revoir
Car pas d'arrêt! Que la mémoire. Pour une fille de quai de gare.

(©Juin 2004)