Saturday, February 19, 2005

Bach-->Doors Man

Il était important de séparer les deux posts ci-dessous. J'ai beaucoup de choses à dire, et j'aimerais partager avec vous deux les putes (l'Eternel et l'Ephémère) les deux heures que j'ai vécues hier soir.

Cité de la Musique. 20h. Modernité des formes architecturales, éclairages surréalistes, petits vieux aux formes tristes, visages trop réalistes. Une petite coupe de champagne pour patienter, c'est la logique du lieu. Pas de bières. Dans quelques instants, le grand claveciniste Pierre Hantaï montera sur scène pour interpréter devant 2000 yeux ampères les Variations de Goldberg de Johann Sebastian Bach. Pas d'amplification. Il va falloir tendre l'oreille, se fondre dans le niveau sonore insolite, se retrouver seul face au génie du contrepoint. (Petite parenthèse: rappellez-moi de vous parler du Schrifsteller Thomas Bernhard la prochaine fois)
Le bonhomme arrive, un baroqueux comme tant d'autres, énigmatique et humble personnalité en costume étriqué persuadé que Glenn Gould a été envoyé par Satan pour détruire les violes de Gambe. Et il se lance.
Après des semaines de rock dans les caves, il faut VRAIMENT s'habituer au niveau sonore d'un minuscule clavecin dans une grande salle de concerts, mais peu à peu, ça prend. Les larmes ne me viennent pas, non. Ici, pas de logique du corps. Pas de déferlement, pas de "2 minutes de violence" comme dans Orwell. Le clavecin, c'est du titillement de neurones, c'est toutes les mélodies au même niveau, à toi de te débrouiller et de faire le tri, et surtout essaie de t'en sortir parce que pour l'instant c'est tout simplement sublime, et tu perds pied, ça dépasse ton entendement, hein? toute la vie semble veine à côté de cela, qu'est-ce que t'en penses? Tu vois, Jim Morrisson adorait Albinoni et... et là, le drame, dans ma tête surgit le spectre d'un pantalon de cuir baissé devant une horde de policiers. Et je pense à ma chanson "tu m'fatigues", ah oui, la deuxième partie du couplet, il faut vraiment changer les accords, et surtout la mélodie, pour pouvoir vraiment revenir, attends, mais que fait Bach là en ce moment, il passe de la dominante à la tonique pour revenir à la sous-dominante et enchainer sur une sus-tonique, quoi, mais c'est exactement ça qu'il faut faire, et surtout dans la voix, ne pas oublier de faire comme si mon pantalon était baissé devant une horde de policiers et et et et et et il ne reste plus que quelques variations!
J'ai quitté Terre, et pour ainsi dire, je n'ai pas pas écouté Bach, il m'a révélé. Je n'ai pas respiré, IL m'a respiré. Encore une fois. Au clavecin, putain. C'est à dire un instrument qui fait autant de bruit que la respiration post-coïtale d'une fille sur l'oreiller, le côté agaçant en plus. Parce que oui il ne faut quand même pas déconner, la version piano de Glenn Gould en 1981, c'est quand même bien mieux.

Ce qui me fera toujours vivre dans la musique, avec la musique, pour la musique, par la musique, c'est ce mélange ineffable de surgissements incontrôlables et d'harmonies tendant vers des cieux, bleus ou gris, qu'importe, juste que ce soit tout là-haut.