Saturday, January 29, 2005

Souvenirs, et venir lorsqu'on est saoûl

Même avec l'aide de substances psychotropes, la quête est vaine. Impossible de se souvenir de toutes les filles que j'ai embrassées dans ma vie. Cela me perturbe. Et celles avec lesquelles j'ai couchées? Ou celles avec lesquelles j'ai "fait l'amour", recréé le couple originel? Oui, mais j'en oublie toujours une ou deux, une, et pas toujours la même, hélas.

Qu'est-ce que cela veut dire? Peut-on être à ce point insipide dans l'acte pour disparaître de la mémoire de son partenaire d'antan? Un baiser, je veux bien comprendre. Beaucoup de gens embrassent, beaucoup de façon inaperçue, beaucoup sous alcool. Ce qui explique, ou toutefois fournit des raisons.
Mais l'amour physique, merde, quoi! "Sans issue", disait Evguenie Sokolov. Mais honnêtement, à moins d'avoir des problèmes -et je plains ces gens dont on rit souvent, cela dure quand même un certain temps: on prépare le terrain, on attend, puis on y va, puis on attend, puis on y retourne, en général bien sûr, -et je plains ces autres gens dont on rit souvent, puis on quitte, il y a un départ, une séparation imprévisible et inéluctable, différente à chaque fois, mise en scène, théâtre intime, souvent cruel, parfois saut d'homme -dans le vide.
Là, c'est ma mémoire qui hanche. Le vide est dans le feuillage hivernal de ma tête et dans le creux de mon ventre. Et je me révolte et sanglote contre ces sensations diffuses et indicibles qui peuplent troglodytes ma mémoire sensible, car dans des grottes cervicales où les téléphones portables au répertoire rempli captent très mal, que je ne retrouverai plus, et qui s'estompent, et disparaissent, à la lueur de l'âge adulte et adultère.

Il faut se faire une raison. Je ne suis plus un petit garçon.